15/02/2026
L’Ungrund, ou le « sans-fond », selon Jacob Boehme
Extrait d’un exposé portant sur le thème : « L’origine divine de la conscience, selon Jacob Boehme », par Jean-Marc Vivenza

« Un principe, un abîme sans fond, dénué de toute détermination, plus inconcevable encore que la divinité elle-même … »
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« Dire que la déité originelle est en réalité elle-même un néant, c’est sous-entendre, pour Boehme, que ce néant, s’il demeurait dans le silence et l’immobilité de son état originel, serait en toute rigueur de terme, inexistant ; pour nous, un pur « rien », un vide total, une absence radicale ; sans liens, provenant d’un mouvement relationnel coopératif et dialectique avec le monde manifesté, qui est l’ombre portée du Principe. La déité demeurerait, pour l’infinité d’un non-temps situé en-dehors de tout espace et de toute dimension, une authentique « vacuité » : impensable, inexprimable, inaccessible. »

« L’Absolu […] est pour Boehme un « Rien éternel », en ce sens qu’il est « l’Absolu sans essence qui en lui-même est le fondement éternel. » Dégagé de toute détermination, la pensée, se rendant compte, non sans une réelle souffrance spirituelle, de la faiblesse de ses instruments particuliers, est incapable de pouvoir le définir ou même de le nommer […].
Rien par rapport à ce qui est, rien par rapport à lui-même, étranger à tout, et pour lequel toute chose n’est rien, Absolu radicalement indéterminé, dénué de toute essence, rigoureusement vide, pour Néant, ni Être non non-Être, il est ce qui n’est pas et qui n’est pas la négation qui le nie. Ni « Un » ni multiple, il ne participe pas du domaine des qualifications puisqu’il est, à proprement parler, inqualifiable ; il est l’imprononçable nom qui ne fut jamais connu, la Parole inexprimée et inaccessible, perdue dans l’insondable nuit au-delà des origines.
Idée impensable, excédant toute volonté de connaissance, toute tentative d’approche raisonnée, le « sans-fond » est un néant qui n’est absolument rien, en n’étant rien et surtout pas, de façon catégorique et en premier lieu, ce néant d’objectivité que l’on voudrait lui attribuer. Voilà pourquoi la meilleure façon de parler du « sans-fond », de l’Ungrund, est soi de n’en rien dire, ce qui est la position sans doute la plus juste et la plus pertinente que l’on puisse avoir vis-à-vis de la Vérité innommable, soit d’admettre, avec humilité, et pieuse sagesse, qu’il n’est qu’un éternel mystère, le « Grand Mystère » par excellence, le Mysterium magnum transcendant sa propre transcendance, situé avant l’Unité et avant l’émergence de n’importe quelle forme, aussi ample, large et libre soit-elle, puisqu’il est, précisément, le sans forme, le sans nom, sans qualification, ne possédant strictement aucune détermination si ce n’est celle de ne pas en avoir. Il est un « Tout qui est rien dans un Rien qui est tout », un vide dépourvu d’essence échappant à toute possibilité de définition ou de compréhension, une énigme pour nous et pour lui-même, la suréminente, totale et absolue vacuité. »
Jean-Marc Vivenza, Boehme, II, « La doctrine de Jacob Boehme », 3.A, « L’Ungrund et le « sans-fond », éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », 2005.
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