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14/10/2018

Le divin engendrement de Dieu dans l’âme

A lire :

 

Le mystère de l’Église intérieure ou la « naissance » de Dieu dans l’âme

Le cœur métaphysique et ontologique

de la doctrine saint-martiniste

Jean-Marc Vivenza

 

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« Dieu n’est rien. Dieu est vraiment néant, et s’il est quelque chose,

Il ne l’est qu’en moi seul, quand il m’élit pour Lui. »

 

Angélius Silesius, Pèlerin chérubinique (I, § 200)

 

Extrait d’un texte de Jacob Boehme, mentionné au chap. III de l’ouvrage, portant sur « La naissance de la Divinité dans l’âme à partir du "néant" » :

 

« Mais nous ne pouvons dire par contre que le monde extérieur est Dieu ou le Verbe parlant, lequel existe en soi sans avoir besoin d’un tel être, pas plus que ne l’est l’homme extérieur ; mais tout cela n’est que le Verbe exprimé qui, en se ressaisissant lui-même (pour parler lui-même), s’est ainsi coagulé et reste coagulé avec les quatre éléments, grâce à l’esprit du désir (ou des étoiles) et pénètre dans une telle existence et vie, de même que le Verbe éternellement parlant accomplit en lui un Mystère (qui est spirituel), lequel Mystère représente la cellule-mère de la nature éternelle, étant donné que le Verbe éternellement parlant s’engendre et crée en lui-même un monde spirituel, de la même manière que nous sommes, dans le Verbe exprimé, un monde matériel. Car je dis que le monde intérieur est le ciel dans lequel habite Dieu et que le monde extérieur est exprimé à partir du monde intérieur et qu’il a une autre origine que le monde intérieur et que pourtant il provient de ce dernier. Il a été exprimé à partir du monde intérieur (par un mouvement du Verbe éternellement parlant), et a été posé entre un commencement et une fin. Et le monde intérieur se trouve dans le Verbe éternellement parlant : le Verbe éternel l’a de toute éternité fait passer en Être — et ceci est un grand Mystère — à partir de sa force, de sa couleur et de sa vertu (grâce à la sagesse) ; lequel être n’est d’ailleurs autre qu’une exhalation du Verbe dans la sagesse, Verbe qui possède en lui-même (pour sa génération) son ressaisissement et avec ce saisissement se coagule également et prend des formes, semblablement à la génération du Verbe éternel ; de même que les forces, couleurs et vertus s’engendrent dans le Verbe (par la sagesse) ou, si je puis m’exprimer ainsi, naissent de la sagesse dans le Verbe. C’est pourquoi aux yeux de Dieu rien n’est près et rien n’est loin, un monde est dans l’autre et tous ne représentent pourtant que le monde unique ; mais l’un est spirituel, l’autre est corporel, de même que l’organisme et l’âme sont l’un dans l’autre, de même qu’également le temps et l’éternité ne sont qu’une seule et même chose, mais avec des commencements différents. Le monde spirituel à l’intérieur a un commencement éternel et l’extérieur un temporel : Chacun a sa naissance en soi ; mais le Verbe éternellement parlant règne partout et ne veut se laisser étreindre ni saisir par le monde spirituel pas plus que par le monde extérieur au point de s’arrêter. Il agit d’éternité en éternité et c’est son produit qui est saisi. Car ce dernier est le Verbe qui a pris forme et le principe agissant est sa vie - donc insaisissable - car il est hors de tout être, il est uniquement une intelligence ou une force qui pénètre dans des êtres. Dans le monde intérieur spirituel le Verbe se saisit pour former un être spirituel qui se présente comme un élément unique dans lequel quatre éléments sont latents. Mais lorsque Dieu en tant que Verbe, a agité cet élément unique, ces propriétés latentes se sont révélées et sont apparues comme les quatre éléments. »

(Jacob Boehme, Mysterium Magnum, II, 7-11).

 

 

 

Extrait d’un entretien avec Jean-Marc Vivenza, intitulé: “Faire naître Dieu en nous, selon Louis-Claude de Saint-Martin. »

Accessible sur la chaîne : Baglistv

 

 

 

« j’ai contemplé le grand abîme de ce monde »

 

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« J’ai regardé moi-même comme le seul véritable ciel ce qui s’étend en une circonférence (…) Mais comme ceci m’a attiré plusieurs chocs violents, … à la fin je suis tombé dans une profonde mélancolie et dans la tristesse, lorsque j’ai contemplé le grand abîme de ce monde. (…) »

Jacob Boehme, l’Aurore Naissante (16), § 19, « Du ciel créé, et de la forme de la terre et de l’eau en outre, de la lumière et des ténèbres. »

 

13/02/2017

L’expérience de la "sainte Prière"

 

« Le constaJ. Boehme.jpgnt souci de Boehme, tout au long de son existence en ce monde, fut de se demander comment il fallait procéder pour remettre l'homme dans le chemin de retour vers sa véritable nature, comment faire de manière à ce que les créatures puissent enfin retrouver le lien qui les unit et les rattache à la Divinité ?

Afin de guider ses disciples dans cette spirituelle "alchimie cardiaque", Boehme leur indiquera différents moyens, différentes méthodes pratiques et concrètes pouvant nourrir leur vie intérieure. Mais il insistera plus particulièrement sur l'exercice de la "sainte prière", c'est-à-dire la juste et parfaite manière de s'adresser à Dieu et de disposer son esprit au doux entretien.

Pour ce faire, ce qui est peu connu, il écrira, en 1623, une court traité consacré entièrement au sujet, qu'il intitulera De la sainte prière conçue pour tous les jours de la semaine, certes mince de par le nombre de pages qu'il contenait, mais cependant d'un caractère très utile pour les âmes désireuses de progresser dans la voie du perfectionnement. Et ce texte est un réel traité méthodique et pratique.

Il indique dans ce texte, qui préfigure l’attitude de Saint-Martin dans son rejet des "méthodes externes", qu'il n'est « pas besoin d’user beaucoup de paroles, et que l’âme se jette sérieusement entre les bras de la miséricorde de Dieu, de la compassion divine ; car un seul soupir coopère avec Dieu, lorsque la volonté est pure devant lui, et qu’elle a dépouillé l’habit terrestre... » (De la sainte prière conçue pour tous les jours de la semaine, § 36.)

L’ultime secret, par delà la réconciliation et le retour de l’âme à sa coopération avec le divin, sa participation active, dès ici-bas à la vie divine – objet qui est bien celui de toute la perspective effective de la voie initiatique authentique – c’est de faire l’expérience intime, au sein de la nuit de l’esprit, que si Dieu est voilé, caché, c'est qu'en réalité il est dissimulé dans sa génération. C’est ce qu’exprime, traduit par Saint-Martin, ce passage magnifique du premier ouvrage de Boehme : « Dieu est caché dans le centre, dans la génération la plus intérieure » (L'Aurore Naissante, XIX, 65).

Et cette génération la plus intérieure de Dieu, invisiblement, se produit dans le Ciel de l'âme.

Or, la grande vérité ineffable, est la suivante : c’est dans ce Saint Sanctuaire que Dieu naît éternellement ! »  

J.-M. Vivenza, réponse aux lecteurs (19/II/2012)

 

05/05/2015

Boehme, Jacob (1575-1624)


 

Né en 1575 à Alt-Seidenberg, petit hameau situé près du village de Görlitz, Jacob Boehme mérite d'être considéré comme le plus surprenant et le plus profond visionnaire que les temps firent surgir au sein du large et vaste courant de l'ésotérisme chrétien. Tout en lui témoigne de ce mystère qu'il plaça en tant qu'élément central de sa doctrine, colorant la totalité de son œuvre d'une énigmatique opacité que très peu purent véritablement percer. Celui que certains n'hésitèrent pas à baptiser de « Prince des obscurs » ou le « Père de l'Eglise intérieure », a su parler de l'Abîme dans lequel se tient le « Néant éternel » avec une inexplicable science qui force l'admiration. De par ses qualités théoriques, il a d'ailleurs reçu un titre prestigieux que lui a conféré l'histoire, puisqu'il est reconnu, à présent, comme le Philosophicus teutonicus (philosophe teutonique). Il meurt le 17 novembre 1624, après avoir subi, quelques jours plus tôt, un ultime interrogatoire des autorités ecclésiastiques, rejoignant enfin l'Eternel dans son mystère.

Jean-Marc Vivenza, La Clé d'or et autres écrits maçonniques, éditions de l'Astronome (2013)

 

 

08/02/2015

« Où veux-tu aller chercher Dieu ? Ne le cherche que dans ton âme qui est la nature éternelle, dans laquelle est le divin engendrement. » (Jacob Boehme, Confessions, 6, §VII, 16)

« Le vrai Ciel est partout, même dans le lieu où vous êtes et où vous marchez. Lorsque votre esprit atteint la génération la plus intérieure de Dieu, et qu’il y pénètre au-travers de la génération sidérique et charnelle, dès lors il est dans le Ciel. »

(L’Aurore naissante, XIX, 24)

02/02/2014

Une spiritualité de l’anéantissement

 

« C’est à saint Augustin (354-430) que l’on doit, dans les premiers siècles chrétiens, les éléments initiaux d’une spiritualité de l’anéantissement qu’il traduira dans sa célèbre formule : « Noverim Te, …ut despiciam me. » Il faut cependant attendre les rhénans, fortement nourris par la théologie de saint Denys l’Aréopagite, pour assister à un développement significatif de ce thème comme nous le montre Tauler (+1361) lorsqu’il soutiendra, que l’homme n’aura « aucun autre exercice que de considérer son néant, son rien… (de) se connaître lui-même… qu’il ait une profonde humilité, et s’en tienne à ce qu’il a en propre, c’est-à-dire son néant… (afin) que le néant créé s’enfonce dans le néant incréé. » (Sermons, éd. Hugueny, t. II, p. 237).

Le bienheureux Jean Ruysbroeck (1292-1381), quant à lui, fera  allusion à « l’union parfaite, l’unité sans différence qui comporte une sorte d’anéantissement. » (Le livre de la plus haute vérité, c. 12. T. II).

Par la suite saint Jean de la Croix (1543-1591), le docteur de la « nuit active des sens et de l’esprit » qui s’obtient par la considération du « rien » (nada) de la créature et de l’âme, opposé au tout (todo) de Dieu, parlera du passage où « nous anéantissons (aniquilamos) les puissances quant à leurs opérations … » (Subida del Monte Carmelo, I, 3, ch. 2).

Sainte Marie-Madeleine de Pazzi (1566-1607), carmélite  de Florence béatifiée en 1629 puis canonisée par Alexandre VII en 1669, qui marqua profondément la spiritualité italienne du XVIIe siècle, est elle aussi un bon exemple de cette voie de l’anéantissement dont témoignent ses écrits, et en particulier les récits qu’elle nous laisse de ses saisissantes visions : « Malheur à toi, mon âme, si tu ne renonces pas complètement à toi-même, car, sans ce renoncement, tu seras un objet de haine et de dégoût pour l’enfer même. Et si tu ne te dépouilles de ton amour-propre, tu seras l’abomination, non seulement du Verbe, mais du Démon… Le Verbe s’est complu dans l’anéantissement de son épouse… Oh, qu’elles sont amères, les eaux dans lesquelles je me plonge, quand je considère les années de ma vie si malheureusement employées à vous offenser. Et pourtant je dois m’y plonger et Vous m’y plongerez vous-même, afin de me faire connaître ce que je suis. - Le Verbe m’a jeté au fond de la mer. - Grâce ! grâce Seigneur ; j’aimerais mieux, sans vous offenser, être plongée au fond de l’Enfer. » (Opere di S. Maria Maddalena de’ Pazi dai manoscritti originali, 7 vol. Florence, 1960-1966).

En France, c’est Benoît de Canfield (1562-1610), capucin anglais et principal théoricien de la mystique abstraite et essentielle de l’union à Dieu, qui, dans l’exposé de sa Règle de Perfection (1609), soulignera l’importance de l’anéantissement volontaire : « On ne peut trouver Dieu en soi que par la continuelle perte et l’anéantissement de soi-même. »

Saint François de Sales (1567-1622) fera à son tour référence à la nécessité de « s’être anéanti et dépouillé de soi-même… » (Œuvres, éd. D’Annecy, t. 6, p. 21), et évoquera un degré où la volonté est « non seulement conforme et sujette, mais toute anéantie en elle-même et convertie en celle de Dieu. » (Traité de l’amour de Dieu, I. 9, ch. 13). Puis sa dirigée, sainte Jeanne de Chantal (1572-1641) déclarera : « Il faut graver en nos cœurs ce désir de nous anéantir en tout (…) il faut tout anéantir à l’imitation de l’anéantissement du Fils de Dieu. » (Œuvres, Plon, t. II, 1875, p. 167.)

De même, dans son Palais de l’amour divin (1613), le P. Laurent de Paris (1563-1631), capucin, consacrera un long chapitre au néant de l’homme et étudiera avec attention les « diverses sortes d’anéantissement », ainsi que la cardinal de Bérulle (1575-1629), dans son bref traité de l’Abnégation intérieure, qui soutiendra : « C’est un anéantissement en nous-mêmes qui nous fait participer à celui du Verbe de l’Incarnation. » (Opuscule  CXXXII, col. 1165, c 914).

Enfin, comment ne pas citer Mme Guyon (1648-1717), qui fit de l’anéantissement et de l’annihilation, deux des thèmes majeurs de sa doctrine du « pur amour », montrant que l’anéantissement « est une forme de la prière et du sacrifice » (Moyen Court, ch. XX), et « le dernier degré de la purification passive après la mort et la putréfaction de l’âme » (Torrents, 1re partie, ch. 8). Fénelon (1651-1715), le très subtil archevêque de Cambrai, qui sera profondément marqué par l’influence guyonienne, n’hésitera pas, de son côté, à affirmer dans une de ses lettres de direction spirituelle : « Soyez un vrai rien en tout et partout, mais il ne faut rien ajouter à ce pur rien. C’est sur le rien qu’il n’y a aucune prise. Il ne peut rien perdre. Le vrai rien ne résiste jamais et il n’a point un moi dont il s’occupe. Soyez donc rien, et rien au-delà ; et vous serez tout sans songer à l’être. Souffrez en paix ; abandonnez-vous ; allez comme Abraham, sans savoir où (…) nulle réserve je vous conjure. » (Correspondance, 1690). »

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(Jean-Marc Vivenza, La Prière du cœur selon Louis-Claude de Saint-Martin, dit le Philosophe Inconnu, Editions Arma Artis, 2007, p. 24, note 36.)

25/10/2013

"Les deux époux si bien partagés"

« Il résulte de tout ceci que c'est un excellent mariage à faire que celui de notre première école et notre ami Boehme. C'est à quoi je travaille, et je vous avoue franchement que je trouve les deux époux si bien partagés l'un et l'autre, que je ne sais rien de plus accompli. Ainsi prenons-en tout ce que nous pourrons ; je vous aiderai de tout mon pouvoir. »

(Louis-Claude de Saint-Martin, lettre à Kirchberger, 11 juillet 1796)